Pastiches d’après les portraits de madame Vigée Le Brun

Le bel esprit de madame d’Albret.

J’étais à la causerie de Madame Vigée Le Brun, l’autre mardi, car c’est ce jour qu’elle reçoit. Elle nous a entretenues avec le plus vif émoi du bel esprit de Mme d’Albret. Je ne connaîs pas cette Madame d’Albret, mais je veux bien croire les dire de notre hôte. Je m’étonne encore qu’après tous les hoquetements de notre tumultueuse époque, cet esprit à l’épithète si précieux peut encore inspirer sonnets et épigrammes, légèreté et caprices. Pourtant il est vrai que certains sujets sont pourvus de cette grâce. L’autre été, j’ai rencontré une jeune Anglaise en villégiature chez la Marquise de Léry. Car, il est maintenant d’usage chez notre intrépide jeunesse de s’embarquer sur des goélettes, parcourir des routes lointaines et se délester de ses coutumes pour s’étonner de l’inhabituel. Madame de Léry qui se divertit de l’exotisme et se lasse de l’indigène reçut cette jeune étrangère pour son plus grand bonheur.0DC728CF-A23A-4699-8102-33704F7E3ADC

Cette jeune personne qui avait d’ailleurs de beaux yeux sombres, était d’un commerce fort plaisant. Les conversations les plus banales ne devaient leur originalité qu’à sa pertinence. Ces petites fadaises dont nous entretiennent les précieuses avaient soudain l’importance d’un beau discours philosophique de Monsieur Voltaire. Il en aurait été tout coi de voir ses disciples pendus à cette belle bouche ronde et rose! Elle était d’une civilité surprenante. D’aucun ne craignait les fâcheries qui suivent nos discussions houleuses, puisqu’elle savait mieux que quiconque réconcilier les querelleurs. Sa bouche se déguisait du sourire le plus aimable pour amollir les esprits frondeurs qui soudain se prenaient à plaider avec elle ce qu’ils pourfendaient. Elle conversait donc avec bienveillance, s’entretenait des sujets qui rassemblaient et polémiquait avec amabilité. Car son esprit vif ne se contentait pas de potinages de ruelles fussent-ils rapportés avec autant de joliesse qu’une scène de Watteau. La minauderie ne sied donc pas à cet esprit littéraire et philosophe. Elle sait être mâtine jusqu’à l’espièglerie et aime à manier la taquinerie sans épargner l’autre sexe qu’elle juge trop fier. Néanmoins, elle garde toujours à cœur de ne point blesser ni offenser celui ou celle avec qui elle devise. Elizabeth Bennett, fille d’un gentleman Anglais, est donc aussi polie que l’on peut l’être sans pour cela avoir la candeur mièvre de certaines de ses consœurs.

Le verbe plaisant, l’esprit éclairé et une heureuse fortune qui la dota d’un fort joli visage sont des attibuts déjà fort louables qui faisaient d’elle une compagnie recherchée. Mais que serait ces dons s’ils n’étaient assortis d’une élégance morale? Car n’est-il pas plus grand bienfait que celui de rechercher toujours le bien et d’y accorder nos conduites pour que nous soyons abrité de tous dérèglements. Or, il me semble que cette jeune personne rassemble tous les talents, si j’en crois l’histoire qui m’a été contée et que je m’en vais de ce pas vous rapporter.

On raconte dans tout le comté de Derbshire qu’un riche négociant entretint une flamme des plus vives pour Jane, la sœur d’Elizabeth, qui dit-on est d’une grande beauté. Jane qui eut pour ce jeune hobereau les sentiments les plus tendres, tout en encourageant ses ardeurs, montrait une réserve que commande la décence de son sexe. Ce même négociant eut pour ami un Lord qui à son tour ressentit une forte inclinaison pour notre jeune Elizabeth. Tout eut été pour le mieux si notre jeune Lord ne brisât la communion de cœur et d’esprit entre Jane et le jeune marchant au motif que l’amour mesuré de la demoiselle ne Pourrait servir un hymen heureux. Elizabeth dont les tourments et les joies du cœur de Jane n’étaient pas inconnus s’offensât de ce que la présomption de ce jeune Lord se mélât de défaire l’œuvre de la sincérité de l’amour. Alors, quand ce même Lord lui proposa d’unir sa destiné à la sienne, gouvernée par pure loyauté elle refusa cet hymen. Et de Pemberley, domaine fort grand, elle ne fut pas la maîtresse. La richesse, et une position convoitée eurent peu d’attrait, car, il n’y a pas de félicité qui puisse s’épanouir en compagnie de celui qui mit obstacle au bonheur de Jane. Et ma foi, sa fière loyauté sied bien à l’élégance de cette belle âme. Mais on dit que Mister Darcy, souffre de cette rebuffade et s’enferme dans la solitude. Il fuit les plaisirs mondains, se blâme de son hautaine entreprise. Peut-être réparera-t-il son ouvrage néfaste et ploiera-t-il les genoux pour baiser cette main blanche qu’elle lui tendra empressée car cette attente je vous le dis la consumme

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