La Rivale Imprévue

Chapitre 1: L’aveu

San Francisco, octobre 2011:

Ce jour-là j’étais seule à la maison.

Je travaille chez moi. J’aime bien. J’ai tout installé pour me sentir un peu comme dans une jolie coquille. Je n’ai pas de bureau ou d’endroit à moi. J’ai juste fait faire un meuble par un menuisier de l’Est des Etats-Unis. C’est une grande armoire qui n’a l’air de rien. Elle est là dans mon séjour, tout le monde la voit, la regarde, la trouve amusante cette armoire qui me sert de bureau. Elle est publique, mais pourtant si privée.
C’est une pièce à elle seule. J’ouvre les deux battants, je fais coulisser une plateforme sur roulettes très douces qui me sert de table et puis au-dessus il y a des tiroirs ouvragés, en-dessous aussi d’ailleurs. Je les avais ramenés de Bretagne, une année où nous étions allés passer l’été chez ma sœur. Nous avions chiné dans les marchés à la brocante. J’avais trouvé un stand où un brocanteur avait désossé des vieux meubles pour ne garder que les tiroirs, les petits battants des coffres intérieurs, les clés ouvragées et les écritoires. J’avais aimé les motifs traditionnels: des fleurs et des cœurs qui me rappelèrent quelques vers de Verlaine.
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles, et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous…
Une demi-strophe avait suffi pour que je me revoie au Lycée, assise à côté du radiateur, en cours de français. Je lisais des vieilleries qui ne vieilliraient plus et qui me rassuraient sur des manuels illustrés déjà un peu datés. Les reproductions des tableaux de Béraud me berçaient, les mousselines des robes des élégantes me faisaient voyager et Paris en tenue des grands jours me faisait rêver. Ces accessoires mobiliers qui murmuraient des petites mélodies d’hier me donnaient une bonne raison pour que j’achète ces tiroirs vides. Je saurai les remplir pour leur redonner une histoire.

Ce jour-là donc, j’avais ouvert mon armoire, je travaillais. Je travaille pour une maison d’édition qui publie des livres éducatifs. Je crée des activités scolaires pour des professeurs de français en mal d’inspiration. Derrière ma tablette coulissante et dans le calme de mon séjour, assise confortablement au milieu de mon bric-à-brac, c’est facile…

Le téléphone fixe sonna. Je levai les yeux. Curieux ! D’habitude c’était mon portable qui sonnait et l’appel était sans surprise. C’était Grégoire, mon éditeur qui voulait mes
planches pour la publication du prochain manuel scolaire. Parfois, c’était plus drôle, c’était mon ancienne collègue Sylvie qui perdait patience avec ses classes de premières et qui me demandait des préparations pour la semaine. Je les lui faisais. La tricherie écolière était toujours un petit larcin plein de charme. Elle me racontait ses histoires de cœur un peu bancales. On riait, on commérait. Ce petit jeu nous rajeunissait. alors, le soir elle pouvait sortir avec Bob, John ou James… Moi, je restais à la maison dans le ventre de mon armoire à imaginer des fiches de cours, et j’attendais Phil…
” Claire O’Shaughnessy ? dit la voix de l’autre côté du fil.
– Elle-même,” dis-je.
C’était une jolie voix jeune que je ne connaissais pas, mais il y manquait l’insouciance et l’innocence. Elle avait le ton d’un agent administratif qui cherchait à informer ou à prévenir et je m’étais sentie plus toisée qu’invitée à participer à une conversation. Elle m’annonçait qu’elle entretenait une liaison avec Phil depuis cinq ans et que tous deux souhaitaient pouvoir officialiser leur relation.

À suivre

Elle récita la tirade qu’elle avait dû répéter et préparer à l’avance. Elle haletait un peu et je sentais son émotion. Ma voix de jeune femme polie détourna une colère attendue.
” Mais est-ce bien vous qui m’avez appelée il y a quelques mois, pour me mettre déjà au courant ? ”
C’était facile, mais elle s’interrompit et j’entendis un soupir de surprise au bout du fil. Je la sentis vaciller. Mon esprit de répartie me donna l’avantage et je continuai avec un calme qui me surprit.
” Nous en avions parlé. Cette situation arrange tout le monde. Phil a besoin de vous et de moi. Partageons, et n’en parlons plus! ”
Elle n’avait pas prévu la dérive de notre conversation. Elle rajouta alors de façon saccadée et sans s’attarder qu’elle n’était pas prête à faire de compromis. Je conclus rapidement, raccrochai et la laissai à ses doutes. Le déclic du récepteur marqua le point final de notre conversation. Le silence envahit le salon.

Cinq ans d’infidélité disait-elle. Je n’avais jamais rien remarqué d’anormal dans l’emploi du temps de Phil. Il entreprenait régulièrement des déplacements qui le ravissaient et qui étaient la normalité de sa vie. Il partait heureux et revenait satisfait de ses œuvres. Il facturait des honoraires à la mesure de son talent et de sa renommée d’architecte inventif qui ne cessait de grandir. Il était bien fini le temps des échecs de débutant. Fini aussi le temps de la patience du petit économe où nous comptions nos deniers avec soin pour changer de fauteuil ou partir en vacances.
Mais les affaires étaient-elles un prétexte pratique pour justifier des escapades qui m’auraient contrariée? La jeune femme m’avait dressé une liste précise des derniers déplacements de Phil. Qu’il devait être plaisant de partager avec lui des moments d’insouciance sans s’inquiéter de l’humeur chagrine d’une épouse en colère! Ce sont mes illusions de vie maritale loyale qui bercèrent la quiétude de leurs aventures. Car, qui se serait douté de l’infidélité de Phil? La droiture de mon volage mari fut probablement, au début de leur relation, un rempart contre mes doutes. Mais elle devint par la suite un fardeau. L’aveu de sa faute aurait désenchanté ceux qui louaient l’équilibre heureux de sa vie sentimentale. Phil manquait d’audace, car il est doux d’être admiré. Alors, il aurait différé les aveux. Il aurait repoussé l’échéance d’une félicité enfin légalisée, jusqu’à ce jour où le clair-obscur de cette situation eût perdu tout attrait pour la demoiselle. Elle n’était plus disposée à cacher leurs rencontres ainsi que ses sourires les plus tendres.

Cinq ans! Cinq ans de duperie et d’ignorance! Et pendant ces mois d’inconstance j’avais les yeux cillés de l’aiglon soumis qui se désaltère à sa source de dressage. Phil avait pour armure les adjectifs chatoyants de l’amour loyal: dévoué, bon, généreux, fidèle. Il était tout cela pour enchanter ou consoler mon cœur au moment de mes amours ou désamours. Je ne doutais pas de l’amour de Phil. Il avait enfilé un rôle d’époux classique, sage et fiable! Comment avais-je pu me fourvoyer dans l’intelligence de cette mécanique domestique.

Mais où sont mes torts? La vie est si douce avec Phil. Je suis heureuse à ses côtés, et sans sentimentalisme mièvre il m’est permis d’envisager l’étroite éternité d’une vie. La tendresse de sa voix quand il me parle, le dessin pâle de ses sourires quand il me regarde, les mains d’égaré qu’il me tend quand il me cherche, tous ces petits riens ont l’éloquence touchante de notre complicité. Cette inconnue ne pouvait être qu’une tentation. Je décidai qu’il n’y avait pas d’éloge que Phil puisse lui faire pour que notre couple cesse d’exister. Pourquoi tout d’un coup décidait-elle de bouleverser son rôle et le mien? Une dispute? une rupture? une vengeance? Elle voulait être la première? elle ne voulait plus de clandestinité? Car, mois après mois son amour pour Phil avait eu le temps de s’installer et la passade agréable se transformait en sentiments réfléchis et profonds. Alors, son attachement pour Phil cessait d’être le redoux d’une vie solitaire et devait devenir la permanence
Un instant, j’ai eu presque pitié de nous. J’étais donc flanquée d’un mari infidèle. La situation était banale et pourtant si étrange car je ne m’attendais pas à cette nouveauté. Il avait agencé les moindres détails de ses absences avec un soin de brodeur aux petits points. Il s’était réfugié dans une désinvolture sereine pour cultiver mon attachement et continuer à se faire aimer. Quel artiste!
Je m’étais réveillée le cœur léger, mes émotions bien rangées à leur place habituelle. Mes pensées sombres déjà recensées, matées et enfermées dans un recoin de l’esprit se faisaient oublier, tandis que mes pensées optimistes en liberté animaient mon cœur d’une heureuse prière. Ce matin-là, Phil partit tôt à l’agence comme d’habitude. Il m’avait apporté dans un plateau de bois laqué ma théière sur son petit brûleur en fonte, une tasse de porcelaine et un scone grillé. Un de ceux dont la mie onctueuse fond sous le palais comme une crème épaisse. Phil me connait bien! J’avais à peine ouvert les yeux et remercié vaguement son attention. Il m’avait embrassé le front. J’avais refermé les yeux en coquette blasée qui ne s’attarde pas sur les effusions du matin, puisqu’elle a le choix du moment: “Avec ces yeux-là, encore tout gonflés de sommeil, vraiment! au revoir, et à plus tard!” Et puis je me suis dit, le sourire victorieux: « Quelle chance j’ai…” et je m’étais étirée comme un chat confiant sur un coussin de cretonne ! J’étais donc perplexe devant ce coup de téléphone sciemment discordieux. Néanmoins, cette confession n’ébranla pas mon assurance. Car, ce ne sont pas les révélations sans preuve d’une étrangère qui feront de moi une furie vengeresse. Entre mon mari apparemment fidèle et une femme avec laquelle il avait noué des liens secrets je me demandai qui complotait quoi. Sans me comporter en vaincue et tirer élégamment ma révérence je faisais le compte des années que nous avions passées ensemble en cherchant en vain la faille qui aurait justifié le départ de Phil. À qui la faute? Mon aveuglement? Sa lassitude? Ma présence qui se serait muée en une sorte de réalité morne? Je serais une femme banale, normale, comme toutes les autres, une de ces silhouettes grises que l’on croise sans les remarquer. Celle qui me remplacera… J’arrêtais là les tentatives d’explications. Car d’hypothèse en hypothèse je glissais vers une jalousie naturelle. Je me mis au travail, en me persuadant de garder mon sang-froid. Il fut mon meilleur allié pour le reste de cette histoire.

Devant moi, ma petite théière céladon fumait tranquillement sur son brûleur. Je suivais des yeux les volutes transitoires des gouttelettes qui se détachaient de leur matrice. Et dans leur jeu de mains si délicat je me souvins de notre voyage au royaume de Han. Nous étions partis sur un coup de tête tout au début de notre mariage. Je voulais goûter au thé jaune qui pousse sur le mont Mengshan, en Chine centrale. L’usage dit que ces feuilles, nourries par les eaux du Yangtse, ont un arôme de noisette et que sa liqueur est aussi légère qu’une brume matinale. Je souris à l’idée que Phil avait accepté de partir en Chine rien que pour une tasse de thé jaune. J’allais chercher le guide rangé quelque part sur nos étagères. Je feuilletai rapidement les pages, un peu inquiète, et puis je la vis. Elle était là, brune et lancéolée, petit squelette végétal intact. En l’observant je nous revis marcher dans les allées de théiers qui se déroulaient comme des serpentins à l’infini. Phil cueillit une jeune feuille, plaça ma main dans sa paume pour l’y déposer et ajouta: “Ces premières pousses étaient offertes en tribut à l’empereur, garde-la. C’est de bon augure.” Je la fis sécher entre deux pages de notre guide. Aujourd’hui, c’était le moment de convoquer ces petits riens.

À suivre

Phil rentra du travail à la même heure et de bonne humeur comme d’habitude. Il avait pour me parler la même franchise et pour me regarder le même sourire espiègle. Il me chatouilla le cou en l’effleurant d’un baiser. Je ris court. L’odeur du dîner lui fit cliquer la langue d’impatience. Je ne parlai pas du coup de téléphone, je dis tout simplement:
” Ce n’est pas prêt. Patience! ”
Il souleva le couvercle, et jaugea le frichti du soir.
” Hum… C’est presque prêt, la sauce se caramelise. Donne-moi un morceau de pain, que je sauce! ”
J’ignorai son “presque” qui avait l’air de m’avertir d’une carbonisation imminente:
” Non, pas encore! ”
Sa fourberie vaut bien cette petite frustration, mais je me radoucis aussitôt. Je connais Phil, il sait toujours mettre à terre son attaquant.
” Je suis allée chez Shing acheté du thé jaune de Mengshan. Une tasse?
– Pourquoi pas! Quelle journée! Ça me fera des vacances. ”
Je pris le petit plateau de bois ajouré que nous avions ramené de notre escapade orientale. Il sourit. Il y avait des souvenirs heureux dans ce sourire qui adoucit son visage anguleux. Je posai dessus deux tasses chinoises, un pot à thé et une théière en céramique rouge. Phil suivait des yeux mes mouvements en les commentant:
” Échauder la tasse. Rincer les feuilles une première fois dans le petit pot, puis les mettre dans la théière remplie d’eau chaude. Servir enfin dans la tasse qui ne contient que quelques gorgées. ”
Je tournai vers lui un regard complice, celui qui ne laisse pas d’autre choix que de se retrouver dans la même mémoire. Pourtant, assombris ou illuminés par le présent, il n’y a rien de plus inconstants que les souvenirs. J’espérais donc qu’ils ne soient pas des regrets mais des bonheurs toujours vivaces. J’enrageai de ne pouvoir gager sur leur immobilité car le manque d’objectivité de ces films personnels qu’on se rejoue et que l’on change au gré de nos humeurs, nous éloignent de nos vérités anciennes. En même temps que je lui tendis le bol je le surpris en train d’observer le ciel. On dit en Chine que la voie lactée sert de pont aux amants séparés, et Il me sembla voir bondir un regret hors de son regard.

Chapitre 2: La piste

Octavie, ma nièce, travaillait comme serveuse trois matinées par semaine dans un café de notre quartier. Je passais la voir de temps en temps. Elle était arrivée en Californie grâce à un programme d’échange pour terminer sa cinquième année d’étude et se familiariser avec le droit international.

Octavie est une jeune fille jolie, industrieuse, pleine d’initiatives et ouverte aux expériences diverses et variées. Elle ressemble à sa génération: “Coolisme” de rigueur. Ses cheveux longs, fournis et décolorés en surface par le soleil de Californie n’étaient attachés que chez “Martha & Bros.” Elle était grande. De grands yeux noisette-doré, une bouche bien dessinée à la Picasso, et une belle voix de hautbois faisaient de ce visage franc une belle idée de la jeunesse optimiste. J’ai beaucoup de sympathie pour la charismatique Octavie.

En trois mois elle débrouilla son anglais avec brio, accumula des notes rutilantes, et trouva une “épave-de-bagnole” que le copain Jimmy, étudiant en génie mécanique, remit sur roues pour pas cher. Depuis que ces deux-là étaient revenus de “Burning Man”, grand repère d’originaux temporaires ou permanents dans le désert du Nevada, ils ne se quittaient plus. Il faut dire que le costume du lieu facilite les rencontres. La mode vestimentaire est au paradis-avant-la-pomme.

Elle travaillait chez la merveilleuse Martha qui elle, n’était pas sur terre pour être cool! Son attendrissante petite chaîne de cafés tournait à plein régime dans la joliesse des quartiers de San Francisco. Martha avait une patience d’ange avec ses clients. Elle dorlotait ses habitués et les inconnus qui pourraient bien le devenir. Elle surveillait ses nouveaux concurrents, notamment son voisin de palier, spécialiste en thé. Elle passa donc à la vitesse supérieure pour qu’il ne soit plus qu’un vilain souvenir. Les vulgaires petits sachets de thé disparurent et des feuilles “qualité supérieure” apparurent dans des bocaux à l’ancienne. Alors le client convaincu se disait: ” Essayer de concurrencer Martha, mais quelle idée saugrenue! ” Les cafés subirent donc avec bonne humeur les métamorphoses suivantes: boulangerie et salon de thé. Les petites tables en métal orange avaient doucement gagné du terrain sur le trottoir et les parasols bobos en bois exotique, qui pousseraient presque naturellement dans les forêts tropicales, ombrageaient les clients heureux. Martha, le sourire en permanence scotché sur ses lèvres et les mains sur les hanches, contemplait ses œuvres.

J’arrivai chez Martha qui m’accueillit avec son sourire personnalisé. Allez! Si j’étais un brin égocentrique je penserais que j’ai un je-ne-sais-quoi qui fait de moi une cliente à part. Elle me complimenta sur mon manteau, remarqua même un petit changement dans ma coiffure. Formidable Martha! Une rareté! Le client, qui se croirait invité, oublierait presque le honteux mercantilisme de sa visite quand il franchit le seuil de sa petite affaire. Je m’installai dehors sur un banc et passai ma commande. Je vis de loin arriver Octavie, le pas pressé, le sac de toile verte? grise? en bandoulière.
Je la saluai en poésie: ” Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres,
Suspendues aux flancs de la montagne de Galaad. ”
Elle me rendit un regard interloqué.
” Hein???
– Le Cantique des Cantiques! ”
Elle se baissa pour m’embrasser et montra un intérêt mesuré à ma citation. La politesse remplaça l’enthousiasme.
” Ah! Tu m’apporteras le texte la prochaine fois, si le bouquin n’est pas trop lourd!
– Je t’envoie le lien alors!
– J’étais sûre, t’as toujours des références passées dans le domaine public! ”
Elle alla se faire son café crème et s’installa en face de moi avec un gâteau spongieux à la cannelle.
” Alors quoi de neuf? Du boulot? Des exams?
– Oui, plein, surtout des devoirs à rédiger. Il faut aussi que je me trouve un stage. Je piétine à apprendre sans exercer.
– Bonne décision. Dis-moi si tu as besoin d’aide, je connais un avocat qui défend la nature, les oiseaux, les poissons, les fleurs… Et Jimmy au fait, comment ça va? ”
Elle marqua une pause en jetant des miettes de son gâteau aux moineaux. Puis, en
suivant des yeux leurs sautillements autour de leur pitance elle continua:
” Avec les oiseaux de ton avocat. Quelle buse!
– Méfie-toi! si ta buse va voir mon pote avocat, tu n’es pas sûre de gagner! Pourquoi déjà? Il n’a pas su réparer la batterie de ton carrosse.
– Nan. Il est vraiment top pour ma vieille guimbarde. C’est vraiment un mécano haut de gamme.
– J’espère bien, avec le prix d’une année à Berkeley. C’est déjà ça! Alors pourquoi? ”
Octavie considéra son gâteau l’air navré avant d’ajouter.
” Disons qu’on n’aime pas forcément les mêmes choses… ou les mêmes personnes.
– Normal!
– Enfin, des fois on apprécie les mêmes personnes mais ça ne m’arrange que très moyennement. Il trouve Briana vraiment intéressante par exemple, et drôle, et cool, et sympa, et belle en plus… Enfin tu vois.
– Je vois un peu trop bien même. Bon, tu as raison, quelle buse! Passons à autre chose. Va voir  l’expo des orchidées à la serre du Golden Gate Park? Ça vaut le coup, elles ressemblent à des elfes.
– Enregistré! J’irai samedi.

À suivre…

Ce moment avec Octavie m’avait mise de bonne humeur. Je rentrai donc le cœur léger. J’ouvris mon armoire, fis glisser la tablette et installai mon ordinateur. Plume-le-chat, léger comme un nuage de beau temps sauta sur le pupitre qui lui servait de passerelle, puis se coucha sur un petit coin d’étagère. Il avait élu domicile sous une des arcades qui divisaient la planche en petits casiers: un pour mes livres, un autre pour ma théière, un autre encore pour mes fournitures. Bref, chacun chez soi!
Plume domicilia ses pattes vagabondes sous son ventre rose. Il me regardait de son air condescendant. Il soupirait. De temps en temps il sortait le cou de sa carapace molle, puis le rentrait et retrouvait sa physionomie de tortue lente. Aujourd’hui je le voyais bien se dire: “Ce clavier est d’un ennui! Mais qu’est-ce qu’elle traficote? Elle feuillette des livres, classe des dossiers, trie des brouillons… elle organise son bureau pour avoir l’esprit clair. Je parie qu’elle est en retard et que le Grégoire trépigne!” Plume faisait son manège de chat exaspéré: bâillement, frémissement des moustaches, oreilles aux aguets. Enfin, je me mis au travail et Plume à jouer. Il traquait mes doigts qui filaient sur le clavier par saccades. Parfois, le corps bandé par son impatience n’en pouvant plus de se retenir il déroulait une patte chasseresse. Pan! Il écrasait mon doigt! Il dégainait un hameçon de corne, tirait vers lui sa récompense, mais d’un mouvement arrondi je détricotais son geste. Et il recommençait jusqu’à ce qu’il préfère une souris à ma main.

Une fois ma solitude bien installée je commençais mes recherches en me mettant dans la peau d’une Miss Marple! Je mis de côté mes scrupules d’épouse fouineuse et allai chercher la tablette de Phil. Je l’avais surpris en train de composer son code d’accès un jour que je somnolais blottie contre lui. Les yeux en persiennes je percevais ses gestes en pointillé. Je me sentis un peu en faute, mais Phil a une fâcheuse tendance à oublier, perdre, déplacer. Alors qui sait si mon indiscrétion ne pourrait pas devenir un jour une bonne action! J’espérais trouver dans ses courriels une piste, des confessions, ou même le nom de la jeune femme. Mais Phil était prudent. Aurait-il eu assez de confiance en moi et d’assurance en lui pour laisser des preuves de sa tromperie?

Je déroulai la liste des courriels sous la pression de mon doigt pressé. Je vis défiler les noms familiers d’amis, de collègues puis un arrangement singulier de caractères attira mon attention: phdrII522@steventon.org, le nom de l’expéditrice ne me rappelait rien: Ash Wantage. Le message le plus ancien que je trouvais avait été expédié en octobre de l’année dernière. Je tapotai sur le petit encart avec mon doigt. Le message apparut sur l’écran. Il ressemblait à une prophétie:
” Celle que tu aimes ne se comptera plus et celle que tu vas aimer ne se compte pas encore. ” Il était signé Ash Wantage. Même son nom était une couverture puisque dans un autre courriel elle lui écrivait: “Qui suis-je? Lis-moi avec adresse et tu me trouveras.” C’était un jeu de piste. Chaque billet était une carte avec son mystère et ses agacements. Tous plus hermétiques les uns que les autres, je me demandais à quels épisodes de la vie de Phil ils étaient reliés. L’histoire de Phil m’avait toujours paru triviale: une enfance heureuse, une mère originale, un parcours scolaire brillant et quelques aventures sans importance. Je ne lui avais jamais posé de questions car je pensais qu’il était néfaste de laisser rentrer entre nous une tierce personne. J’étais donc l’unique! Soudain il devenait opaque. J’avais probablement péché par excès de vanité: Hors de moi point de salut, point d’événement notable. Peut-être bien que si!
L’adresse ressemblait à un code: des lettres, des chiffres, un nom. Fallait-il y voir
une date? des initiales? J’étais incapable de l’interpréter. J’aurais aimé remonter à contre-courant de ce labyrinthe siliconé pour en retrouver l’auteur, mais je n’y avais pas été invitée.

Je continuai ma recherche et finis par trouver des courriers plus récents. Je lus surtout des poèmes suggestifs qui laissaient entendre que la dame avait de la grâce et de jolis talents.
” Une amande blanche et douce
Ronde et satinée
Bien gardée
D’une écorce de dentelle,
se laisserait bien émonder
Par tes mains chahuteuses.
Et les agrafes métalliques
sautent sous tes doigts
Comme des petits voleurs en flagrant délit
De plaisirs
pas innocents du tout! ”
Je ne pus m’empêcher de sourire. Phil si rationnel et si friand de littérature technique, goûterait maintenant à la poésie fait maison d’une maîtresse! Les temps changent.

Internet fut mon premier assistant, mais l’inspiration lui manqua et mes soucis restèrent en suspens. PhdrII522 me donnait des numéros d’appartement à Honolulu, Ash Wantage des adresses de ramoneurs. Quant à Steventon, j’appris qu’il était le village natal de Jane Austen et qu’elle y avait écrit son fameux livre “orgueil et préjugés.” Je me trouvais aussi des points communs avec l’héroïne de ce même roman, Elizabeth Bennet: Nous aimions la marche! Des nouvelles dignes d’une gazette de quartier qui ne faisaient pas avancer mon affaire.

Dans le calme de ce début de soirée je pensais à nous. Je m’arrêtais sur les perplexités sentimentales de ces nouvelles révélations en porte-à-faux avec notre vie. J’avais toujours eu la certitude que notre mariage ne serait pas une escale passagère mais une destination finale. Je pourrais le regarder avec confiance et me réconforter de sa certitude. Je pourrais même jouer à un jeu dangereux en négligeant d’entretenir la flamme. Hop! un sourire au bord du précipice et les braises repartiraient. Un peu d’angoisse hypocrites, pour des retrouvailles presque manquées. Je me faisais délicieusement peur. C’était peut-être là mon illusion car je n’ai jamais craint le désistement de Phil. Le doute n’obscurcissait pas mon horizon si bien que je regardais parfois Phil avec négligence, presque avec indifférence. Je prenais un serein plaisir à décompter les preuves de son affection. Chaque fois qu’il manquait un jeton, je rejouais l’atout cœur puis je recommençais le décompte. Comme une reine qui distribuait ses privilèges et s’étonnait de la frustration de ses protégés, l’insubordination de Phil me déroutait, parce qu’après tout c’était bien assez que d’avoir été remarqué. J’ai eu la naïveté de penser qu’en restant du côté de ma propre rive sans prendre le risque de me dessaisir de mon ancrage, il pourrait être facile d’oublier Phil. Mais je me trompe. Je ne suis pas disposée à dénouer notre lien. Je me sens de taille à le resserrer, maintenant que d’autres mains se mêlent de délier nos attachements réciproques.

Je revoyais clairement ce début d’automne déjà tout habitée par le soleil de printemps. Phil avait voulu prendre quelques jours de vacances dans les Sierras près de la rivière qu’il avait baptisé “notre rivière.” Il annula ses rendez-vous et nous partîmes le cœur léger, à la sauvette. Il plongeait du haut des rochers et se laissait porter par le courant de la rivière, riant, buvant l’eau claire de la montagne, s’amusant de sa liberté d’homme des bois! Puis, il venait se sécher en sautant d’un pied sur l’autre pour se réchauffer. Il s’ébrouait à côté de moi en m’éclaboussant comme un bon gros toutou après sa baignade. Assis près de moi, rasséréné, il regardait la forêt sur l’autre rive et me parlait avec sa voix douce. Il y avait dans son timbre une intimité fraternelle et un bien-être que seules nos années de vie commune pouvaient permettre. Je ne surpris aucune impatience, aucun désir d’abréger notre escapade, et je me demandais quel talent était en œuvre pour louvoyer avec une telle maîtrise entre deux vies rivales. Pourtant, je me sentais en sécurité alors qu’il renouvelait ses plaisirs, ailleurs. Quelle bizarrerie s’était infiltrée dans ma vie!

J’avais besoin d’une alliée pour résoudre ce mystère. Je pensais à Sylvie qui aimait les énigmes, les réponses, et les histoires de cœur. Elle serait une confidente précieuse. Nous convenions par courriel de nous rencontrer le lendemain.

À suivre…

Chapitre 3: Petites œillades, grandes conséquences:

J’ai rencontré Phil à Paris où nous étions étudiants.

Je révisais mes examens à la Bibliothèque du Panthéon. Je butinais mes livres sans conviction. À la recherche d’une récréation, j’observais les élèves en face de moi. La plupart avait des traits ordinaires. Parfois je remarquais une étincelle de beauté, une joli bouche, des yeux pétillants, des gestes vifs… Mais dans l’ensemble, le spectacle était plutôt fade. Pourtant, c’était parmi ces étudiants anodins que je rencontrai Phil. Il portait une chemise rose qui illuminait la tablée. D’un regard oblique je dévisageais sa présence colorée. Il était beau. Il avait les cheveux bruns, coupés en brosse courte sur un large front. Ses yeux caramel et calmes s’attardaient sur les schémas d’une grammaire des styles. Puis, il abaissait un regard satisfait sur ses doigts experts qui dessinaient de mémoire des bas-reliefs, ou des charpentes… Il avait un je-ne-sais-quoi de très touchant. Peut-être la façon lente dont il bougeait le cou, avec une retenue, une timidité presque féminine. Parfois, il avançait son épaule droite d’un petit geste nerveux. Son attitude dégageait une masculinité rassurante qui devait consoler de toutes les peines et protéger de toutes les peurs. Les pommettes légèrement osseuses, le teint pâle aggravé de ses sourcils noirs, il avait un petit air d’étudiant trop passionné qui ne s’éclairait qu’à la lumière des lampes. Puis à son tour, il éperonna mon regard en détendant imperceptiblement ses traits; c’était sa façon douce de sourire. Il se leva sans hésitation et me proposa d’aller prendre un café. Je mis de côté mes cahiers, c’était une trêve, tant pis pour les examens…

Phil se livrait facilement comme s’il voulait me faire une petite offrande de lui-même. Il partageait ses goûts et ses projets avec toute sa candide bonne humeur. Nous discutions pendant des heures. Mon avis l’intéressait et quand il ne pouvait communiquer clairement, il faisait des petits dessins sur des fiches cartonnées. Je gardai ses petits pictogrammes comme des reliques. À l’époque ils me servaient de marque-pages. Je continue à les retrouver maintenant, dans les Press Pockets que je lisais à l’époque. Mon butin l’amusait et je crois qu’il se faisait une joie de l’augmenter. Il avait fini par les signer:
” Si je deviens célèbre tu les vendras aux enchères. Tes jours seront assurés. “

Son amour me distrayait comme un beau dimanche. Il occupait mes jours et mes nuits et j’étais pleine de confiance pour notre avenir. Je ne pouvais plus me passer de ses gestes et de ses attentions, il ne détestait pas ma participation d’ailleurs. Le matin il me brossait les cheveux, les prenaient entre ses deux mains comme une eau de rivière et y enfouissait son visage. Sa force d’aimer se fortifiait avec le temps, pourtant je ne m’emparais de rien, j’acceptais le don. C’était confortable. Je sentais bien son besoin de sécuriser mon attachement, car dans ce jeu romanesque rien ne se quantifiait mais tout se devinait et se pariait. Pauvre Phil! il n’était qu’inquiétude, car il n’aimait pas les jeux de hasard. Il se fiait aux prévisions mathématiques: il bâtissait en calculant et mesurant; sa maîtrise lui garantissait le succès. Alors que l’immatérialité des sentiments échappait à l’aulne de son mètre, et qu’il se sentait dérouté, presque floué, je m’amusais de le voir douter, épier mes émotions, mes frissons et mes engourdissements à ses caresses. Il attendait que je lui dise des mots qui l’auraient persuadé de mon attachement définitif. Il me demandait d’enlever ce doute qui aurait transformé une détresse sentimentale sans cesse rassurrée en certitude. Voulais-tu t’épargner ma patte douce sur ta joue quémandeuse? Moi je ne voulais pas qu’une certitude confortable me vole ce qui te ramenait incessamment vers moi.

Phil s’apprêtait à retourner en Californie. Ses quelques mois de vie estudiantine parisienne se terminaient. Nous n’avions fait aucun projet précis si ce n’est celui de nous revoir dans un futur proche. Je sentais sa joie métissée d’anxiété de retrouver les siens mais de me laisser seule. J’avais la certitude que Phil me demanderait de venir le rejoindre. Je n’exigeais aucune promesse, je savais que ce qui m’attachait à lui était ce que je ne donnais pas. Ce déséquilibre irriguait son besoin de reconnaissance et de réconfort. Et moi je jouissais d’une tranquillité de vacancière gâtée.

Woodside, California le… 199..
Ma chère Claire,
Je ne te ferai pas une lettre de poète car ils ne peuvent me compter dans leur rang. Tout juste pourrais-je faire une comparaison douteuse entre mon métier d’architecte et une vie heureuse sur un ton de mode d’emploi de quincaillerie:
Toute vie réussie se pare de bonnes fondations.
Premier axiome: il faut un socle solide pour que l’édifice traverse les âges… Pas très romantique! Mais je sais que tu me pardonneras le prosaïsme de ces propos. Tu es si loin, ton absence envenime mon tourment.

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Je t’attends. C’est une nostalgie douce que de repenser à ce que nous avons été. Je retournerais bien marcher le long de la Seine ou prendre un café rue de la Montagne Sainte-Geneviève, dans ce vieux café embué de fumée de cigarette. Je voudrais revoir la bibliothèque et sortir en cette fin d’après-midi déjà noircie par l’hiver, mes bras enrubannés autour de ta taille. Je t’attends et mon espérance heureuse est comme un soufflet qui entretient une flamme.
Je ne peux t’oublier en dépit de la distance et de ma nouvelle routine où finalement
ce que nous avons vécu ensemble ne peut s’imbriquer que si nous le désirons vraiment. Ces quelques mois ne sont pas un rêve et il n’appartient qu’à nous de remettre en mouvement une mécanique arrêtée. Je ne sais plus rien de toi. Il ne me reste que mon imagination, vecteur cruel de ma pensée pour te rêver. Peut-être es-tu absorbée par de nouveaux événements, de nouvelles connaissances et mon souvenir doucement s’estompe-t-il? Il ne resterait alors qu’une teinture un peu pâle de nos sentiments. Cette pensée m’angoisse. Rassure-moi, car je m’exaspère loin de toi.
En ton absence je vis seul à Woodside, dans le domaine de ma mère. Je suis fidèle. Je t’attends. Je me précipite à la porte chaque fois que la sonnette retentit espérant que ton impatience égalerait la mienne et que tu serais venue sans que je t’en prie. Qu’il est décevant l’invité qui se rappelle à mon souvenir quand j’ouvre la porte! Qu’il est négligeable ce livreur qui m’apporte mes commandes de fusain. Sans toi je suis ingrat, injuste et parfois même mauvais. Ici, c’est l’enfance, rien ne me parle de toi et je deviens inconnu à moi-même. Ton ignorance de ces lieux est pire qu’une absence. Tu n’as rien touché ici. Je ne peux chérir aucun objet pour retrouver tes gestes dans ce livre que tu aurais lu, ou ton empreinte dans le fauteuil duveteux du salon. C’est une maison muette. Seul craque le parquet escagassé par la chaleur du soleil, un petit chuintement de mouche et le silence. Viens, les choses t’attendent pour revivre.
Je t’embrasse bien tendrement.
Phil

À Suivre…

Cher Phil,
Tu t’impatientes de recevoir mes lettres, et moi de lire les tiennes. C’est une
équation qui s’équilibre. Voilà qui devrait te plaire. En ton absence je suis fidèle. Tes yeux noisette se sont assurés de ma préférence. Pas besoin de t’inquiéter de mes incartades supposées, je n’en fais pas.
Le petit café, la bibliothèque et les bords de Seine je les vois avec une extrême affection, comme s’ils allaient te faire apparaître. Mais j’ai beau te chercher, aucun passant ne te ressemble, aucun passant ne me distingue de ton lumineux sourire. Alors je passe une frontière insolite et me voilà dans une ville inconnue. Les rues animées et illuminées se volatilisent dans une indifférence oppressante.
Oui, je tourne les talons à ces rues vides et cafardeuses pour aller te rejoindre dans cet ailleurs qui ne me connait pas encore, mais qui me couronne le cœur de promesses.
Phil, toi que j’abrite dans un recoin bien caché de mon cœur, toi que je chéris dans mes pensées les plus intimes, je vais vers toi irrévocablement car au moment où tu es si présent, je te sens si somptueusement complémentaire à ce que je suis, que j’ai la certitude qu’il est bon d’être près de toi pour cette durée qui ne se décompte pas.
Je te rejoindrai en Août. Nous serons ensemble sous le soleil de Californie pour toujours. Nous retournerons seulement en France passer des vacances en Provence ou à Paris.
Je t’embrasse.
Claire

Il portait une chemise à manches courtes, et ses cheveux courts dégageaient son visage hâlé. Ses joues avaient pris du volume, ses mains étaient tachées d’encre et ses yeux pétillaient de bonheur. Il m’attendait derrière la petite palissade du terminal International, seul, remuant d’une inquiétude heureuse, le regard alerte à ma recherche parmi les passagers qui débarquaient. Mon cœur bondit en le voyant, tant sa silhouette fine et sa réserve attendrissante vivifiaient mon souvenir.
” Phil! ”
Il me prit dans ses bras. C’est lui qui laissa rouler sa tête sur mon épaule, et s’y réfugia avec la revanche de la privation.

Phil, pressé me conduisit au manoir de Woodside. Une large avenue de gravier blanc, bordée de cyprès débouchait sur un manoir long et bas. C’était une maison pimpante avec une façade nouvellement repeinte en blanc et un toit d’ardoises claires. Çà et là une glycine mauve s’enroulait le long d’une treille. Un rosier grimpant enlaçait les colonnes du porche. La mère de Phil apparut sur le seuil sitôt qu’elle entendit le moteur de la voiture. Elle portait une robe de soie fluide assortie à des yeux bleus qui me dévisageaient avec amabilité. La peau claire et satinée, les pommettes rosées, elle resplendissait d’énergie. Le dos bien droit comme le regard, elle me tendit la main sans attendre que Phil lui fasse les présentations.
” Alors c’est vous Claire! Bienvenue. ”
Puis, elle nous invita dans le salon où des rafraîchissements nous attendaient. C’était une vaste pièce gorgée de lumière. Un chat dormait dans l’inclinaison d’un rayon de soleil. La décoration était agréable, mais parfois un peu trop maniérée, alourdie çà et là de porcelaines, d’ivoires et de meubles cérusés. Trop pastel tout ça! Je m’assis dans un fauteuil nouvellement refait et parcourais le salon du regard. Le reste du mobilier était de style Empire. Il venait certainement de chez les antiquaires des beaux quartiers de San Francisco: une commode en acajou bien cirée, une bibliothèque secouée d’un petit désordre, des tableaux, un guéridon, et des coussins rebondis. Parfois il y avait une trouvaille de brocante que Phillis avait rafistolée. Elle adorait ces vieilleries sans valeur mais qu’elle croyait sans prix juste parce qu’elles étaient anciennes.
Ensuite, Phil me fit visiter les coteaux de Woodside qui se dressaient comme les volcans d’une île perdue. Il me montra les vignes, le jardin d’agrément et les mandariniers nains:
” Enfant, j’y ai passé des heures. Je me prenais pour Gulliver et je rêvais que j’enjambais les orangers! ”
Phil était heureux. Il réconciliait le passé et le futur.

Chapitre 4: La jupe en laine.

Le lendemain, Phil occupa la matinée à faire ses valises. Il partait en Inde redonner un peu de clinquant à un palais terni par les années et les intempéries. Phil avait du talent et l’exerçait jusqu’au bout du monde. Il travaillait beaucoup et se montrait mystérieux au début de chaque projet. Il restait des soirées entières seul, cloîtré dans son petit bureau, absorbé par des archives, des esquisses ou des plans. Il dessinait pendant des heures. J’aimais regarder ses mains agiles, ses mouvements en eau vive qui coulaient sur le papier. La pointe de fusain que ses doigts tenaient d’une étreinte légère flottait au-dessus de sa feuille granuleuse. Et puis, comme par magie apparaissaient des ébauches charbonneuses et incomplètes mais si explicites. Elles étaient si expressives que je me les repassais dans la tête comme des diapositives. Ses coups de crayon étaient particuliers: c’étaient de longues lignes souples, à l’épaisseur variable qui se propageaient comme une onde calme. Parfois, les lignes étaient rétrécies les unes à la suite des autres comme si Phil courait après une idée qu’il n’arrivait pas à attraper mais dont il avait une intuition vague. Une fois chaque dessin terminé, il tendait le bras pour les regarder de loin. Il ne retenait que ce qui lui plaisait. Puis il recommençait avec le greffon de son ébauche précédente. Petit à petit il arrivait à la perfection. Ses études ne l’intéressaient pas, il n’avait pas la nostalgie de ses tâtonnements. Moi si, je les gardais dans un grand classeur matelassé.
Phil était le seul sur la place de San Francisco qui sache exactement où trouver le point faible d’un soubassement ou d’une fondation. Quand ses concurrents hésitaient, lui, affirmait avec simplicité où le bât blessait. Phil rajeunissait les vielles pierres avec élégance et leur patine retrouvait la brillance douce de leurs fastes anciens.

Il était déjà ailleurs. Sa valise, qui bâillait sur notre lit, était la première étape qui le menait au terminal International. L’exotique et scintillant adjectif: International! Cette petite ivresse lexicale lui donnait l’air béat. Il se voyait placer les échafaudages, donner des ordres et enfin comparer les rénovations à ses croquis avec satisfaction mais aussi avec d’appréhension. Il interrompit ses préparatifs, tapota nerveusement les doigts sur son bureau et laissa échapper un sifflement. L’engouement orgueilleux des premiers instants de la commande se retiraient. L’euphorie des mois de travail se transformait en inquiétude. Craintif devant l’épreuve il chassa son angoisse en feuilletant rapidement le dossier “Udaipur”. Puis, il se redressa en s’adressant un sourire entendu. Il venait de reconquérir son assurance et la certitude que ce palais retrouverait sa superbe grâce à son talent.

“Pourrais-je être ta Bayadère?”
Il ne comprenait pas, il me regardait l’air tout affairé, puis il recommençait son cirque d’homme pressé. Il furetait avec le raffut sans grâce d’un jeune chien impatient. Il ouvrait les penderies, faisait coulisser les cintres avec des mouvements de vives dans une rivière dérangée. Il m’invectivait et la phrase devenait mot “tu-n’aurais-pas-vu-mon-costume-clair?” Il s’inquiétait: “où sont mes chemises? Tu les as bien apportées chez la Chinoise?” Il pliait, dépliait, évaluait, comptait. Il prenait pourtant le temps de s’étonner devant sa tablette rechargée:
“Hier, en passant devant ton bureau j’ai pensé que tu en aurais besoin pour le voyage, dis-je l’air enjoué.”
Il sourit, me remercia en retour. Il était décidément charmant! Puis, toute sa personne se pencha en figure de proue sur sa valise organisée. Il imaginait déjà ses heureuses retrouvailles en terres lointaines.

À suivre…

La veille j’avais annoncé à Phil que je ne pourrai pas le déposer à l’aéroport, car j’avais un rendez-vous avec Grégoire le maquettiste de mon éditeur. Il accepta mon excuse avec une compréhension presque vexante.
Nous partîmes en même temps. J’attendis avec Phil son taxi sur le trottoir. Nous nous tenions côte à côte, chacun impatient de se retrouver dans son proche avenir. Pourtant j’aimais la chaleur de son épaule qui me donnait des petits coups complices et ses regards en coin. Quelle était la source de ce bonheur? Phil monta dans le taxi en me faisant un signe de la main. Il avait l’air heureux.

Sans perdre une seconde, je traversai la rue en courant et j’ouvris la porte d’une Prius blanche qui m’attendait discrètement de l’autre côté de la rue. Elle démarra toute pimpante avec la légèreté d’un cheval d’Ascot! Nous suivions Phil. Nous, c’est Sylvie, Chuck et moi. Sylvie embaucha Chuck, son ami taxi, pour suivre celui de Phil. Chuck s’ennuyait un peu dans la vie. Une filature de mari infidèle mettait un peu de piquant dans sa routine. Et puis, il était heureux de mettre son savoir-faire au service d’une bonne cause. Chuck était arrivé de Chine avec pour seule formation celle d’automobiliste! Aussitôt débarqué, il eut un programme de migrant motivé et industrieux. Il ne lui fallut pas très longtemps pour que l’Empire du milieu se décentre. Les astres, dans leur nouvelle course, firent de lui une énergie nouvelle dans ce nouveau quartier du globe. Il se lia d’amitié avec des compatriotes qui avaient su épanouir leur sens des affaires, se fit employer comme vendeur dans un magasin de souvenirs de “Grant Street”, vécut avec frugalité et s’acheta un taxi.
Il pressentit avec finesse l’itinéraire de son collègue et fila la Ford jaune-citron, jusqu’à l’autoroute avec discrétion. Sylvie, assise à côté de moi sur la banquette arrière, n’avait pas l’air de s’émouvoir de l’urgence de la situation. Elle regardait avec une indifférence tranquille les paysages insipides des bords d’autoroute: le stade, l’eau grise et fine de la baie, les murets anthracites anti-bruit… Elle avait confiance en Chuck pour suivre le taxi de Phil, en moi pour trouver des indices pertinents et en elle pour avoir des intuitions justes. Au fond, pourquoi se troubler pour si peu? Cette tragi-comédie aura bien son dénouement. Elle tirait soigneusement les manchettes de son blazer, lissait bien sa jupe pour éviter les faux-plis et rajustait le col de son chemisier. Sylvie aime être impeccable.

Alors que nous suivions le taxi de Phil avec des petits mouvements de cou, comme pour lui lancer un hameçon invisible, elle dit:
” Les hérons vont à la pêche. ”
Je ris, en me massant le cou.
” Le poisson est vif! ”
Chuck donna un cou de volant sec pour se cacher derrière une camionnette, en même temps qu’il parlait.
” C’est de bon augure, le héron ne reste pas le bec dans l’eau. ”
” Quelle flegme! ”
Se contenta d’ajouter Sylvie en me donnant une petite tape amicale sur le bras. Je tournai alors le buste vers elle. Elle dirigea son regard affûté vers le mien. Je ris court et ajoutai:
” Naturellement, la scène est banale. Le taxi, la filature, l’autoroute, c’est Vaudevillesque!
Tu crois qu’il est trop tard pour la tragédie? ”
Je levai un menton un peu arrogant et ajoutai l’air détaché de celle qui survole ses tracas du jour:
” Oui! on a bafoué la règle d’or des trois unités. On est déjà à trois jours, deux lieux. Bon pour l’action on s’en sort pas mal, mais les puristes nous ont déjà grillés!
– Oh! Les puristes! ”
Sylvie me lança un regard blasé et balaya sa frange courte sur le côté avec ses doigts en peigne:
” Et puis, la tragédie classique c’est bien trop sérieux! ”
Je levai le front et imitai la bravade d’une coquette qui ne pense qu’à son chapeau, ses gants et à garder les yeux secs pour ne pas faire baver son rose à joue.

Nous arrivâmes au niveau de l’aéroport, mais le taxi de Phil garda sa file et dépassa le panneau qui indiquait la sortie, sans la moindre hésitation. Il filait vers le Sud de la baie avec la belle assurance du bonheur.
Il y eut un silence dans le taxi. Nous nous considérâmes tous les trois avec ce regard de commères qui croassent ” Ça ne m’étonne pas! J’en étais sûre! ” Le taxi redevint silencieux.
J’observais Sylvie. Sylvie, la sagace. Sylvie, la délicate. Elle m’avait épargné les banalités d’usage de la compassion sans tact: ” Ma pauvre, jamais j’aurais pensé! Ça doit être dur, non? Je te fiche mon billet que c’est avec une des secrétaires d’un de ses confrères… ” ou encore ” Il a l’air si honnête, pourtant! ” Elle était la personne parfaite pour démêler ce sac d’embrouilles. Elle avait assez d’originalité pour voir des solutions dans les étrangetés en trouvant des connivences aux oppositions et des ressemblances aux différences. Elle pensait que les tourments et les bonheurs de ses semblables puisaient leur inspiration dans la littérature et qu’il suffisait de fréquenter les héros artificiels pour comprendre les intentions des hommes et désarticuler leurs complots. Sylvie était aussi une grande abonnée des romans d’amour à-l’eau-de-rose. C’est pourquoi, elle avait toujours dans son sac un livre de Georgette Heyer, Jane Austen ou autres auteurs qui se meuvent avec panache dans les froufrous.

Le taxi de Phil prit la sortie de Palo Alto, petite banlieue élégante et s’arrêta devant une grande maison blanche. Un jardinier avait probablement décidé de l’ornementation du jardin de devant. Les proportions des arbustes étaient artistiquement respectées et les tailles des rosiers étaient fraîches. Il y avait là la patience d’un professionnel. Chuck se gara discrètement derrière une Jeep. Une jeune femme accueillit Phil chaleureusement. Il l’embrassa sur le visage, mais j’étais trop loin pour mesurer l’intimité du baiser, en tout cas, il avait épinglé son sourire ciel bleu.

Une respiration rapide pinça les narines de Sylvie qui évaluait l’évolution de la situation:
” Sa valise est toujours dans le taxi. Alors restera ou restera pas chez sa protégée? ou vient-il la chercher pour aller en Inde?”
Sans détourner les yeux de la maison j’ajoutai:
” Oh l’Inde! Faut-il y croire encore?
– Mais bien sûr, l’avion part dans trois heures. C’est encore plausible.
– Oui, arithmétiquement. ”
Nous attendîmes un petit moment et nous les vîmes sortir tous les deux. Phil, tirait deux valises.
Cette jeune femme affichait une beauté radieuse avec l’orgueil d’une élue. Elle avait une silhouette élancée et elle avançait le pas triomphant en toute légèreté. Pourtant nulle action vertueuse ne légitimait ce hasard esthétique. Pourtant avait-elle pensé à cette équation transitoire qui liait jeunesse et beauté en élixir volatile? Elle s’adressait à Phil avec une une aisance de première épouse, quand la séduction se passait d’être un acte de bravade publique et devenait le code privé tout juste palpable pour les exclus.
De loin je ne saisis que l’esquisse gracieuse de son visage dégagé par un chignon. Je devinais la peau opaline de sa nuque où des spirales de cheveux tendres s’échappaient d’un coquillage blond. En même temps que je la dévisageais, elle me rappelait un souvenir lointain: le mouvement des mains, la prestance polie et ferme des jeunes filles de bonne famille, et des gestes retenus. Je me souvenais en demi-songe avoir déjà croisé ce visage. Mais où? et quand?

Elle était habillée simplement, avec élégance. Toutefois, une chose me frappa: elle portait une jupe droite d’hiver avec un pull à manches longues et col cheminée, à son bras un manteau et rangea prestement un chapeau dans son sac. Curieuse garde-robe pour aller en Inde! J’avais vérifié les températures de novembre. Elles étaient aux alentours de trente degrés.

À suivre

Chapitre 5: La valise rouge

Le taxi de Phil redémarra, Chuck le laissa prendre de l’avance et fit le pari qu’il retournerait à l’aéroport de San Francisco. J’ajoutai inquiète:
“Tu leur donnes de l’avance? Ils pourraient aller à l’aéroport de San-José, ou en week-end quelque part le long de la côte ou encore dans les montagnes!
– Ils pourraient aller n’importe où, c’est sûr. Mais les passagers ont trois valises! Ça fait beaucoup pour un week-end, non? Phil ne s’est pas beaucoup attardé chez elle. En plus le taxi met son clignotant à gauche et c’est le chemin le plus court pour rattraper l’autoroute Nord. Crois-moi je ne suis pas né de la dernière pluie, je connais le coin et quand un client a un avion à prendre, le taxi n’opte pas pour la balade du dimanche.”

Nous avions rejoint l’autoroute et nous cherchions le taxi jaune de Phil avec un peu d’inquiétude, quand soudain, Chuck fier de ses prévisions nous l’indiqua du doigt.
“Regardez, il est devant nous. Un peu loin, mais là quand même.”
Nous percevions le taxi à intervalles réguliers, mais Chuck ne s’en rapprochait qu’à mesure que la sortie de l’aéroport se précisait. Le taxi jaune s’engagea dans la rampe qui conduisait au terminal international, vers l’esplanade des départs.

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Il laissa descendre Phil et sa compagne de voyage sous les panneaux de la compagnie United Airlines. Chuck fit glisser la Prius derrière un bus imposant qui déposait un groupe de touristes italiens très agités. Chacun d’eux essayait de trouver sa propre valise au milieu du tas déchargé par le chauffeur. C’était parfait, poussés par l’inquiétude de rater leur avion, ils se bousculaient et s’impatientaient en cherchant fébrilement leur bien. Ce désordre nous servait de paravent. Phil et la jeune femme blonde pénétrèrent dans le terminal. Phil tirait derrière lui deux valises: la sienne et une rouge à coque rigide qu’il avait récupérée chez la demoiselle-à-la-jupe-pieds-de-poule tandis qu’elle se chargeait de la sienne.

1E5BC411-8F65-46A9-9941-2B94E53DF07DChuck descendit furtivement de la Prius et les suivit avec la mine butée d’un chat à l’affût.

Comédie en un acte:
Les apprentissages d’un détective Chinois en Amérique

(le titre est de Sylvie, en souvenir du livre de Jules Verne “Les tribulations d’un Chinois en Chine.” Sylvie est une jeune femme fantasque qui a pour trame d’interprétation du monde ses propres lectures.)

Scène 1:
Phil, la dame blonde, le détective.

(La scène se passe à l’aéroport de San Francisco. Le hall des départs transmet un sentiment de vie transitoire, aujourd’hui dans ce hall, demain ailleurs. Un couple qui s’apprête à embarquer bavarde avec animation, elle répond flattée de l’attention qu’il lui porte, Ils se sourient. Plus loin, l’homme qui ne les quitte pas des yeux vient d’Extrême-Orient.)
Cette scène est silencieuse.

Lui et Elle
……………………………………………………………………..
(Seul un bruit de fond parvient jusqu’aux oreilles de notre détective)

Le détective
………………………………………………………………………………….
(Il observe, ses yeux balayent la scène comme un robot de science fiction. Rien ne lui échappe. Il interprète les images qu’il enregistre.
Enfin il voit son couple se diriger vers la barrière de sécurité, cette zone intermédiaire entre la vie quotidienne que l’on quitte et la nouvelle, juste à la frontière des illusions. Puis il parle avec un préposé de l’embarquement.
Enfin, il quitte le terminal, et se dirige vers la Prius blanche)
Scène 2:
Claire, Sylvie, Chuck-le-détective

(La scène se passe dans la Prius Blanche. Le détective du dimanche a la mine réjouie. Claire est toujours au volant se dirige vers l’autoroute Nord. Sylvie assise derrière au milieu de la banquette penche son buste en avant. Elle fait un peu gargouille avec son visage entre les deux dossiers.)

Claire: (le ton impatient)
Alors?

Chuck:
Alors ils ne vont pas en Inde!

Sylvie:
Ah non? pas en Inde! Où alors?

Chuck:
Je ne sais pas, j’ai demandé à l’un des préposés qui a enregistré leurs bagages, il
m’a dit que c’était la queue pour les passagers de Reykjavik ou St-Petersbourg. Impossible de lire la destination sur l’étiquette de leurs valises!

Claire:
Bon! l’un ou l’autre c’est la Sibérie de toutes façons. Mais qu’est-ce qu’ils vont faire dans cette galère?

Sylvie:
Ça explique le déguisement d’esquimau chic de la dame. Bon et quoi d’autre?

Chuck:
Ils ont fait étiqueter la Delsey rigide rouge d’un auto-collant jaune-taxi qui hurlait en gros caractères noirs: FRAGILE. Un agent de bagage l’a prise sous sa protection et l’a escortée comme une pauvre petite chose jusqu’à la soute. Il était très méticuleux.

Sylvie:
Bon et après?

Chuck (l’air gêné):
Après… ils se sont embrassés.

Sylvie:
Ils se sont embrassés? Ce qui est important c’est de savoir où?

Chuck:
Dans la file d’attente.

Claire:
Pfff… Des bobards! Les Américanis n’embrassent pas en public. Et encore moins Phil

Chuck:
Bingo! On ne te cache rien.

Je ramenai Chuck chez lui. Sylvie reprit les rênes de sa souriante petite Prius et me déposa à la maison.

…À suivre

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Chapitre 6: Un bijou de Taj-Mahal

Pour lire le chapitre 6, cliquez sur “Home,” déroulez le menu du blog jusqu’à la mention chapitre 6 et ainsi de suite.

merci de votre fidélité et bonne lecture

Montaine Courlande

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