Chapitre 5: le mystère (fin)

Dans cette cohue Marc a tout de suite déniché mon chevalet. Il était comme un grand échalas qui portait dans ses bras mon dernier travail. C’était une copie de “la Liseuse” de Fragonard.
— Celui-là! Il l’a montré du doigt péremptoirement et s’en est saisi comme d’une mignardise. Je l’attendais au tournant. Allait-il me faire le compliment pointu de l’expert? Il ne s’est extasié ni sur le tombé des rubans ni sur le col compliqué de la robe. Il a tout de suite apprécié ce qu’un œil éduqué devait saisir.
— Votre jaune est le jumeau de celui de Frago. Comment faites-vous?
— Le talent!

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J’ai répondu avec légèreté en m’asseyant les jambes croisées sur une petite table. Agacé par mon effronterie et le galbe de mes mollets, il s’est approché de moi pour me toiser. Je l’ai regardé avec un sourire enjôleur. Le filou n’a pas mis longtemps pour se défaire de son impatience et m’a chuchoté à l’oreille en me prenant par la taille.
— La dame se défend mal!
Il m’a caressé le visage avec le sien. Il m’a dit que je sentais bon, qu’il aimait la rondeur de mes courbes, que ma peau satinée reflétait la lumière, et que mon cou était le plus amusant des toboggan. Joueur, il l’a dévalé jusqu’à ma gorge, belle esplanade de jeux! Ses mains se sont posées sur mes hanches puis elles remontèrent sur les les côtés, là où la peau est blanche comme du nougat et tendre comme des œufs en neige. Son visage toujours en promenade sur le mien, il m’a embrassée tout simplement. Est-ce ma faute? Il l’a bien dit, je me défends si mal! Pourtant un baiser pour un secret d’artiste peut-être pas. Mon jaune Frago était toujours un mystère!

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Il a vu le refuge où je peaufinais mon don de copiste. Mise en confiance par notre intimité nouvelle, je lui ai aussi raconté que mes devoirs familiaux m’avaient empêcher de vivre ma vocation. Mon père faisait peu de différences entre l’art et la décoration. J’avais donc mieux à faire que de perdre mon temps avec la section “chichis des arts ménagers” comme il disait. «Une maison à apprêter, ça ira bien comme ça! Avait-il tranché. J’ai donc appris à pianoter une Remington et les standards téléphoniques. Marc s’est douté de mes regrets, mais il n’as pas insisté. Il a eu pourtant cette petit phrase sibylline: “On trouvera bien quelque chose pour toi.” Je n’ai pas demandé de détails, mais je l’ai prise un peu comme une formule magique. Cette “trouvaille” inconnue et future qui me ravissait m’a débarrassé de mes yeux triste. Encore émoustillée par ses douceurs je l’ai pris par la main en lui disant: “Viens tu n’as encore rien vu. Le plus intéressant est à venir.”

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3 thoughts on “Chapitre 5: le mystère (fin)

  1. Décidément cette Sylvie est une coquette . Elle serait prête à jeter son bonnet par-dessus les moulins … Attendons …la suite de ses promesses sibyllines . Que de tentations dans un atelier de peintre , sans compter le jaune Fragonard.
    Bonne soirée à vous Montaine et merci pour ces instants légers de lecture . Quelle imagination fertile vous avez !
    Lise

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  2. Chère Lise,
    Merci de votre visite.
    En effet, une sacrée coquette que cette Sylvie! C’est aussi le cerveau de l’histoire. Elle va démêler un sacré sac de nœuds.
    Je vous souhaite une excellente journée
    Montaine

    Liked by 1 person

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