Chapitre 5: Le mystère

Chapitre 5: Le mystère:

Montbart, mars 1962

Le lendemain, Marc de Montclerc est arrivé au garage avec un air de Tonton Flingueur. Il a ouvert la porte de mon aquarium sans frapper, comme s’il était chez lui. Cette familiarité m’a déplue. Est-ce-qu’il serait allé voir une de ses connaissances sans se faire annoncer? Non! Alors je l’ai tout de suite remis à sa place ce prétentieux. De toute façon, il ne fallait pas être très perspicace pour deviner l’objet de sa visite. Je ne voulais pas lui donner l’impression qu’il me prenait par surprise. Je l’ai interrompu à peine avait-il ouvert la bouche.
— Monsieur Lery de Montclerc, j’ai eu confirmation de mon fournisseur. La pièce sera là demain. Votre voiture sera prête après-demain.

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Mister Smith Goes to Washington

Il a continué la conversation comme si de rien n’était, pas troublé pour deux sous que je connaisse son nom de famille complet quand il ne m’en avait donné que la moitié. Il n’a montré aucun intérêt pour le futur de sa BMW. Par contre, Il m’a lancé un regard serré, grillagé derrière ses cils blonds et m’a dit d’autorité:
— Pas mal vos tableaux. Une vraie pro!
— Vous n’en avez vu qu’un! Et puis qui vous dit que j’en suis l’auteur?
— Votre mutisme. Votre gêne. Les demi-aveux de votre mari suivis de votre regard plein de sous-entendus. Pourquoi les cacher à vos invités?
— Qui vous dit que je ne suis pas trafiquante?
— Copiste professionnelle peut-être! c’est moins exaltant mais c’est plus correcte pour une jeune femme bien sous tous rapports.
— En tous cas vous vous y connaissez, vous! en métiers d’art. Peut-être pourriez-vous me recommander une carrière.
Je l’ai regardé bien en face. Il a attrapé ma remarque sans sourciller, fermé à toute allusion qui prenait sa mallette pour cible. Il a continué la discussion.
— Et historienne d’art en plus. Il faut être sacrément pointue pour connaître mon aïeule! Je me demande comment vous la connaissez.
— Continuez à vous demander, ça vous fera un casse-tête chinois pour occuper votre séjour.

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Myrna Loy, The Thin man

Le buste penché au-dessus de mon bureau, il me contemplait. Son iris vert caressait mes pommettes, mes lèvres, mon front, mes cheveux. J’ai eu l’impression d’être une beauté fatale. Je me suis vue en noir et blanc: frange crantée, taille de guêpe et bas couture. Je flottais. Le baiser ardent était imminent, j’ai levé le menton imperceptiblement; mais il m’a tout simplement dit.
— J’adore manipuler les casse-têtes chinois!
Il s’est redressé brusquement et s’est éloigné. Ma carrière de femme fatale s’est arrêtée là.

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Coby Whitmore

Nous avons échangé un regard appuyé que ma frustration attisait et je lui ai répondu:
— Je ne travaille pas cet après-midi. J’aurai des choses à vous montrer. Je passerai vous chercher à l’hôtel.
Après son départ un air d’aventure a secoué le bureau.

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