Chapitre 3: Le séjour provincial

J’ai donc amené Monsieur à “l’hôtel du commerce.” En chemin, sa main serrait fermement sa grande pochette. En voilà une bien chouchoutée! Je lui ai proposé de la porter mais il a décliné mon offre aussi sec. Comme si j’allais décamper avec! Paulette était derrière son comptoir orange de réceptionniste. Elle venait juste de le faire repeindre à la mode. Avec son chignon crêpé, léger comme un réseau de toile d’araignées, sa peau bien tendu de commerçante bien grasse et son alliance qui fondait dans ses mains potelés, Paulette était un charme! Elle a considéré notre invité au-dessus de ses demi-lune papillons et les chaînes dorées se sont agitées furieusement en même temps qu’elle a tourné les pages de son grand registre.

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— Alors! trois nuit, trois nuit! A-t’elle dit l’air ravi. Elle a enchaîné recta. Vous avez choisi notre belle campagne pour tomber en panne. En voilà une voiture qui a du bon sens! Vous verrez comme c’est beau, puis elle a conclu avec un ton de nourrice consolante, vous ne vous ennuierez pas. Hein Sylvie!
J’ai renchéri sérieusement en petite mère de la campagne.
— Monsieur va adorer nos environs. C’est que… c’est vraiment très beau par chez nous!
— Mais j’y pense il n’a plus de voiture! Paulette lui a tapoté le poignet pour dissiper son inquiétude. Ne vous inquiétez pas, Roger vous prêtera sa 4L. Hein Roger?
Roger qui faisait sa sieste dans son relax position “allongée,” a sursauté et s’est empressé de confirmer en se redressant:
— Oui, oui bien sur! Puis il s’est enfoncé de nouveau dans ses rêves.
Et j’ai terminé réjouie:
— Monsieur adorera! J’ai regardé Marc de Montclerc avec l’iris moqueur . Nous étions en majorité à être à l’aise dans notre petit train-train simple et tranquille. Marc avait été dépoté de ses habitudes douillettes et manifestement la greffe, bien que temporaire, avait du mal à prendre. Paulette m’a tendu la clé:
— Tiens Sylvie, la 2. Tu connais la maison, amène Monsieur. Je reste au bureau parce que tu sais… Puis son œil a coulissé en direction de Roger et d’un air désabusé elle a rajouté… Avec lui, si un client vient, on le louperait. Il rêve à sa partie de pêche de dimanche!
— Ah! La double vie de Roger!

J’ai donc conduit Marc de Montclerc dans sa chambre. Il a posé sa mallette près du placard, puis Il a tout bien détaillé: le papier à fleurs roses qui s’enroulaient autour de leurs croisillons vert d’eau, la commode marron à trois tiroirs, le couvre-lit jaune en piqué et la petite table de nuit décoré de petits bronzes, seul luxe.

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Je l’ai vu fureter les moindres recoins avec une certaine urgence. Comme il est resté bredouille, il m’a demandé l’air de rien, comme s’il ne voulait pas faire le client exigeant:
— Et la salle-de-bain?
J’ai fait celle qui n’a pas compris son habitude du bien être. Je lui ai indiqué la pièce d’eau commune au bout du couloir. Pendant qu’il l’inspectait, j’ai ouvert sa mallette avec une épingle à chignon. Il y avait des dossiers. Décevant! Je les ai feuilletés à la hâte: il y avait des papiers qui ressemblaient à des contrats. Ils étaient rédigés en allemand. Puis, dans le plus gros dossier, mes doigts ont reconnu l’irrégularité d’une toile le peintre, puis deux puis trois…Il y en avait une bonne tapée soigneusement classés entre du papier semi-transparent. Elles étaient de petits formats et ressemblaient comme deux gouttes d’eau aux œuvres de maîtres flamands. Des vraie? Des fausses? Je n’ai pas eu le temps d’en évaluer l’authenticité. En même temps qu’il a refermé la porte de la salle-de-bain, j’ai remis la précieuse cargaison contre l’armoire bien moche.

 

 

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4 thoughts on “Chapitre 3: Le séjour provincial

  1. Cette Sylvie est bien curieuse…De là à se transformer en Miss Marple-bis il n’y a qu’un pas . Et ce beau Marc qui ne se méfie pas…Attendons voir .
    Merci Montaine . Bonne soirée à vous .
    Lise

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  2. Chère Lise,
    Ah! Cette Sylvie va nous réserver des surprises. Tous les deux vont faire affaires! Je m’amuse beaucoup en sa compagnie délurée. Comme on dit “elle n’a pas sa langue dans sa poche.”
    Je vous souhaite une bonne journée.
    Montaine

    Liked by 1 person

  3. Bonjour Michèle,
    Je suis contente que cette histoire vous tienne en haleine. Sylvie et Caroline la peintresse ne sont pas au bout de leurs aventures.
    Je vous souhaite une agréable soirée
    Montaine

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