Chapitre 2: L’hôtel Saint-Florentin

Paris, mai 1814. Chez le Duc de Talleyrand, Hôtel Saint-Florentin

C’est un vrai jour de printemps, la lumière est claire et la brise légère. J’ai dans le cœur toutes les promesses de la saison nouvelle. Le pas allègre, je descends la rue de Rivoli encombrée de passants pressés, de vendeurs des quatre saisons et d’attelages élégants. Paris est encore tout frémissant des nouveautés qui le secouent. Les parisiens en liesse ont accueilli le dernier des Bourbon pour succéder à Napoléon. À leurs fenêtres des drapeaux blancs flottent. Hier, pourtant un aigle était en leur centre. Je ne sais que penser de l’inconstance de ce peuple qui se fie aujourd’hui à un roi qu’il aurait désavoué hier.

A958A4B2-0275-4603-8AF5-B005F6FAAABF

Arrivée de Louis XVIII à PAris, (site le Soir Plus)

La foule se presse partout où Louis XVIII paraît: au théâtre ou à l’Opéra. Les places se vendent aux enchers! La défaite de la Grande Armée a soulagé le pays. Très peu se sont offensés de l’occupation de Paris par les troupes ennemies. Jamais envahisseurs n’ont été reçus avec autant de galanterie et une occupation conçue comme une réconciliation!
Les armées russes et prussiennes se sont installées le long des quais: tentes de fortune, tavernes improvisées, enclos à bestiaux, les bords de Seine ont tout de la commanderie d’une armée de réserve. Les chevaux s’abreuvent à l’eau du fleuve et les soldats se baignent dans leurs sous-vêtements de laine… ou sans d’ailleurs. C’est un capharnaüm à s’y casser le cou… Certaines ont peur d’y perdre leur réputation, mais il n’y a pas de tentation plus grande que celle de regarder les berges où s’étale un spectacle cosmopolite. J’entends les rires faussement gênés des audacieuses qui se mêlent à cette foule étrange. Ce soir, les yeux plein de malice elles raconteront derrière leur éventail une heure de bain très soldatesque.

1AB3E699-8C00-453C-B6A8-1010DA9B7AC0

Emmanuelle Opitz, gravure: International Napoleonic Socity, les cosaques au bain.

Les passants dévisagent mon accoutrement. Je sais ce qui les déconcerte: ce maintien étudié qui fait de moi une jeune femme de qualité sans les vêtements usuels de celle qui ferait ses visites de courtoisie. J’ai mis d’une robe de coton blanc, ceinturée d’un ruban bleu et un petit spencer brun-jaune pour être modeste. Il y a quelque chose de volontairement fastidieux dans tout cet arrangement. Je porte à l’épaule une large boîte de bois rouge qui se balance au bout d’une sangle.

18670252-BD42-46E1-99CA-1D81EF9540A5

Au fur et à mesure que je me rapproche du but de ma course mon assurance chancelle puis elle revient encore plus forte et je ne doute plus de ce rendez-vous. C’est une aubaine qui a l’attrait d’une bergerie pour le loup en chasse que je suis. Je me sens forte, tenace, courageuse, penchée vers une mission qui m’attire et me repousse. Je serai vainqueur ou vaincue, comblée ou privée. Et pourtant, c’est dans cette incertitude que je retrouve mon enthousiasme guerrier. C’est dans un pari incertain que j’appréhende l’avenir autant que je l’espère.

À suivre…

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s