L’or de Courlande. Chapitre 1: “Ce fut comme une apparition.”

Je me suis mariée le 2 mai 1960 dans une petite ville monochrome de l’Est de la France. Il pleuvait. Aphrodite avait déjà une petite mine. “Mariage pluvieux mariage heureux” me disaient les invités sans imagination. Je me suis pourtant raccrochée au dicton les premiers mois. Puis trop vite notre vie a eu le goût de gentiane.

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The reluctant bride, Auguste Toulemouche

Le jour de mon mariage et ceux qui précédaient aussi d’ailleurs, je me suis prêtée à la mascarade avec la bonne humeur de mon indéboulonnable bon caractère! Celui-là! une bénédiction et une arnaque quand même cette positivité qui ne décolle jamais et qui m’empêche de voir le côté maussade de la vie. Pourtant, je sentais bien que Lionel n’était pas vraiment l’accomplissement de mes rêves. Pas vraiment dans le genre des volants de ma chambre fleurie! Pas vraiment en harmonie avec les héros riches et distingués des romans Harlequin que j’empruntais à la bibliothèque itinérante.

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Il faut dire que Montbard, quand l’hiver dissout les couleurs et que le gris investit les rues en grande pompe, un petit roman Harlequin ce n’est pas de refus. Gris, noir et blanc… Et même pas l’ambiance palpitante d’un film avec Bogart. Quelle guigne! Pourtant, avec mon amie Josette, allongées sur mon lit, on écartait les beaux rideaux en dentelle et on regardait la rue. On inventait des films. Ils étaient souvent très réussis et on avait des regrets de ne pas pouvoir les réaliser pour de vrai. Mais Josette disait que ce qui comptait c’était d’avoir rêvé un bon coup au milieu de cette fadeur provinciale. Elle disait que c’était comme une tulipe rouge sur des ruines. Je la trouvais sacrément magnanime la Josette.

Mais, mon père avait choisi Lionel! Lionel était garagiste. C’était l’employé de mon paternel. Bon ouvrier, sérieux, poli, expert, mon père le trouvait parfait. Un gendre idéal. Le jour où il l’a engagé, il se frottait les mains de bonheur. Il venait de faire d’une pierre deux coups: l’affaire professionnelle devenait familiale. Il me regardait heureux et moi je n’y ai rien compris. Il me voyait installée et son garage rutilant de renouveau.
— Il est gentil Lionel! quelqu’un sur qui on peut compter. Quelqu’un sur qui le garage peut compter… parce que ce n’est pas avec ton diplôme de secrétaire que tu pourras réparer les voitures.
Et moi je répondais en mâchouillant ma “lollipop”:
— Oui, oui, il est gentil.
Et je repiquais le nez dans mon beau roman avec des personnages aussi maniérés que des porcelaines de Sèvres. C’était plein de douces promesses.

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Arturo Ricci

Mon père avait raison! J’étais bien incapable de faire fructifier mon héritage. Le malin avait tout planifié. Sylvie à la caisse, donc moi, d’où l’école de secrétariat et un apprenti capable qui lui succèdera, donc Lionel. La belle petite entreprise que voilà!

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Arthur Sarnoff

À suivre…

 

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