Chapitre 13: Un nouvel horizon?

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Joseph Caraud, View in the boudoir, the servant

Phil est oublieux. Tant pis! Je suis bien obligée de la ranger cette tablette orpheline qui traîne sur le guéridon de la chambre d’amis. Noyés dans le flot solaire de l’après-midi, les composants électroniques perdraient de leur savoir-faire! la notice le stipule bien: “Ne pas exposer votre tablette à la chaleur.” Et puis, j’ai quand même vérifié si sa tablette fonctionnait bien.

Cette fois ce sont des vers “risqués”, comme disent les Américains, de la traîtresse que j’ai trouvés:

Et dans cette jeune nuit
Encore toute diluée
De la clarté du jour
Je te conduirai
En cadence aquatique
Jusque dans cet
Ébène immatériel
Où se perdent
Ceux qui s’aiment.
Et, dans une légère inclinaison,
J’irai chercher
La sève
Des endroits protégés.

Ou alors, des citations douces:
“J’entends vibrer ta voix
Dans tous les bruits du monde”,

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Cesare Agostino Detti, Très galant

Bon… Les fadaises d’une routine amoureuse, en somme! je ne m’attardai pas sur leurs niaiseries. Mais plus intéressant! je découvris que Phil avait pris des rendez-vous chez le carreleur et le peintre qui avaient restauré notre maison. Curieux! Nous n’avions pas prévu de restauration et Phil avait d’autres fournisseurs pour mener à bien ses projets professionnels. Le contenu des courriels était très succinct et je ne trouvais pas d’autres renseignements que la date et l’heure des prochains rendez-vous. Quelques jours seulement nous séparaient de son rendez-vous chez le carreleur et le peintre. J’en pris note tout en continuant ma petite investigation. Embusqué dans la série des courriels ordinaires, apparut un message adressé à notre avocat personnel, maître Dalswinton. Insolite! J’ignorais tout des tourments légaux de Phil. Mon précautionneux mari s’était bien gardé d’une tirade explicite. Son courriel se présentait en ces termes: “conformément à la décision arrêtée lors de notre dernière rencontre, je confirme l’objet de ma requête et renouvelle ma demande quant à la présentation d’un expert, lequel sera pourvu par vos soins.” À quand remontait cette “dernière rencontre”? Quel était “l’objet de sa requête”? À quoi allait servir “l’expert”? La lecture du texte m’éclairait peu et une fois de plus j’étais exclue de cette confidentialité. Aucun rendez-vous n’avait été planifié. Tous ces termes génériques ne me servaient pas à grand chose. Le seul détail intéressant était la date d’expédition du message: à peu près un mois avant son voyage en Inde.
Je proposai à Chuck de confirmer ses dispositions de détective en surveillant les activités de Phil chez le carreleur. Il accepta la nouvelle traque avec enthousiasme. Il se rendit chez le carreleur au jour et à l’heure du rendez-vous.

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Antoine Watteau, l’enseigne de Gersaint

Sûr de lui, Chuck assura une présence discrète mais efficace. Il se déguisa en monsieur-tout-le-monde pour ne pas attirer l’attention de la vendeuse: un jean, une chemise blanche et une petite veste bleue en toile de lin faisaient de lui plus un promeneur qu’un client motivé. Les mains derrière le dos, avec un air d’amateur d’art blasé, il inspectait les belles collections de carreaux. Son regard tout absorbé à son étude excluait l’intervention de la vendeuse qui se sentait presque gênée d’intervenir. De toute façon, la petite vendeuse au nez retroussé, jupe droite, queue de cheval, chemisier rayé bleu et blanc et fichier futurs clients sous le bras, ne donnait pas un ratio de vente très positif à ce touriste du shopping qui confondait magasin de luxe et galerie d’art. Elle préféra miser ses chance de vente sur un couple mûr bon chic et très indécis. Ceux-là feraient bien l’affaire; elle le savait; elle avait un flair d’épagneul. Sa classification de la clientèle était infaillible. La classe quoi! À tous les coups ils étaient en train de repenser l’aménagement de leur bicoque et elle saurait bien leur donner l’inspiration ultime qui apporterait à leur délicat intérieur la touche définitive du chic suave à tomber par terre.

 

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2 thoughts on “Chapitre 13: Un nouvel horizon?

  1. Ah ce Phil est bien mystérieux. A mon avis, c’est pour faire plaisir à sa Claire. Je verrais bien un studio qui servirait de balnéo, spa, hammam, table de massage, huiles essentielles, musique zen, pierres chaudes….
    Bon, on frôle l’érotisme..mais ce sera pour Claire…
    Vous devez bien rire Montaine avec mes suppositions..
    Bisous
    Michèle

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