Chapitre 10: Sabotage (fin)

4C5F4635-2535-4809-9932-3691D440A61E

Auguste Toulmouche, contemplations

Je payai avec une autre carte en vitesse, embarquai la table dans ma voiture et sans perdre une seconde retournai à la maison. J’installai le guéridon près de mon armoire qui était du meilleur effet, puis je vérifiai la position de mon compte. Il était presque à sec. “Fun Learning” n’avait pas fait son virement. Le manuscrit n’était probablement pas encore arrivé. FedEx serait-il en retard ou Phil? Je m’en voulus de mes négligences. Je n’avais pas pris la peine de demander à Phil le reçu de FedEx et sans numéro d’envoi je ne pouvais pas suivre l’acheminement du colis.

Je téléphonai à George. Il me répondit froidement. Il m’annonça qu’il n’avait pas reçu le manuscrit. C’est pourquoi il avait prévenu le département financier d’interrompre les versements. Il rajouta d’un ton railleur qu’il admirait ma désinvolture à mener mes affaires avec tant de légèreté. Je promis à Georges de l’informer du statut du paquet et de lui transmettre au plus vite la date de la prochaine livraison.

Phil me remit le reçu de FedEx. Je remarquai d’abord que le colis avait été déposé en début d’après-midi et non dans la matinée comme mon méticuleux mari me l’avait promis. De plus, l’adresse reportée sur le formulaire comportait quelques petites erreurs et le nom de famille de George n’avait pas été orthographié correctement. “Destinataire inconnu à l’adresse indiquée” précisait FedEx. Je constatai quand même avec soulagement que le colis, après un bref séjour à New-York me serait retourné.

Ce retard dans la livraison du manuscrit était imputable à l’inattention de Phil. Certes, j’eus “l’insouciance de compter sur un trajet sans heurts” comme me dit Phil, mais il n’est pas non plus irréaliste de se reposer sur le savoir-faire de FedEx. Je ne pus réprimer ma contrariété et exceptionnellement Phil et moi eûmes une fâcherie.

6B42429B-DFC6-4D96-B501-39DB2CA35573

Belmiro Barbosa, the resentment
Je fus irritée de voir que Phil n’avait pas tenu sa promesse. Il m’avait assuré qu’il passerait chez FedEx dès l’ouverture de l’agence. Or le colis avait été déposé en début d’après-midi. Je lui reprochai donc ce retard qui était, selon lui, imputable à une affaire urgente, un cas de force majeure. Il avait rencontré un collègue dans le Métro et il aurait été inopportun de privilégier une “affaire privée” versus “le travail”. L’affaire en question avait monopolisé l’énergie du cabinet pendant toute la matinée. Bien sûr, on ne s’esquive pas d’une réunion importante. De plus, il me confia qu’il avait posé le paquet sur la table de la réception. Heureusement qu’il n’avait pas fini sa brillante existence dans le recyclage ou la corbeille! Pour finir, Phil dans son empressement avait écorné le nom de George ainsi que son adresse. Ce soir là, face à l’irresponsabilité de Phil, que j’interprétais comme une déconsidération de mon travail, j’allai dormir dans la chambre
d’amis. Phil, froissé par ma défiance n’essaya de nous réconcilier.

61E89554-9D93-4853-94CD-77F6B8C38095

Auguste Toulmouche, la femme à l’éventail

En cherchant le sommeil, j’eus le sentiment que quelque chose clochait. Pourquoi l’adresse et le nom de George avaient-ils été mal épelés? J’étais certaine d’avoir écrit la
destination correctement. Phil m’avait assuré qu’il avait scrupuleusement recopié toutes
les données. Dans le calme je rassemblai mes esprits et je ne mis plus en doute sa bonne foi. Trois erreurs à la suite ressemblaient plus à du sabotage qu’à des fautes de copie. Curieux! cette dispute à cause d’une adresse incomplète alors que Phil est d’ordinaire si diligent. Quel esprit cauteleux pouvait se réjouir des désordres domestiques d’une maladresse de Phil? Je vis une silhouette longiligne et sable responsable de mes infortunes. Dans un machiavélisme si féminin et sans compassion, elle exposait Phil à ma vindicte pour mieux le consoler et se scandaliser de mon ingratitude. Joli stratège aux yeux lagon que cette jeune femme qui faisait de moi une victime pour mieux me condamner.
Quant à moi, je décidai qu’il n’était pas très habile de faire chambre à part pendant cette période d’ambiguïté.

F41E834B-149A-4D74-B3F6-D2FB6513A9C8

Je regagnai donc notre chambre à pas de souris. J’ouvris doucement la porte. Phil lisait. Une lumière mâtine glissa dans son iris brun. Penaude, j’avouai ma méprise. Puis, mon miséricordieux mari m’accueillit avec une douleur surenchérie de mauvais comédien. Il rajouta aussi dans un éclat de rire:
– C’est tellement énervant quand Il a raison!
Et je rajoutai avec une petite voix navrée:
– En effet!

 

Advertisements

2 thoughts on “Chapitre 10: Sabotage (fin)

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s