Chapitre 8: suite et fin

68CDB63E-9F03-45E8-BA34-83EFD23E9184

Janet Hill, call me maybe

Comédie en un acte: deux scènes
“Pour examiner une situation il est besoin de mettre toutes les choses en doute” Descartes

(La saynète se passe chez Claire. Elle est dans son salon. Elle a ouvert son armoire et se sert de son téléphone portable. Claire est un peu émue par ce qu’elle pourrait découvrir et aussi un peu amusée. Espionner la vie de Phil à son insu lui donne le sentiment de s’encanailler. Prenant un air sérieux, elle compose le numéro.)

Scène 1:
Claire: Détective poussé par le sort
Louise: La secrétaire
Seth: Directeur du marketing
John: Directeur de la production
le narrateur

Louise: (jeune femme blonde, ongles soignés “French manucure” c’est-à-dire laqués rose et demi-lune blanche, robe rose décolletée juste ce qu’il faut, ton accorte)
“Beauty of this World” bonjour! Louise à l’appareil. En quoi puis-je vous être utile?

Claire:
Bonjour madame, je vous prie de m’excuser de vous déranger. Je tiens un magasin de décoration. Je voudrais savoir s’il serait possible de commander certains de vos produits, ou même de personnaliser un achat.

Louise:
Bien sûr, ne quittez pas je vous prie. Je vous passe le service marketing.

Seth:
Bonjour! Seth, département marketing. “Beauty of this World” serait très heureux de pouvoir satisfaire votre requête.

(Claire, patiente, expose de nouveau son souhait. Seth l’invite à consulter la liste de leurs produits sur le site de la compagnie. Mais Claire, déjà instruite, rajoute avec politesse)

Claire:
Je crains que votre ligne ne corresponde pas à mes attentes.

Seth:
Que souhaiteriez-vous donc?

Claire:
Je vends surtout des articles de luxe. N’auriez-vous pas des répliques de monuments en métaux précieux par exemple. Je pourrais ainsi les intégrer facilement à ma ligne de produits. J’avais pensé au Topkapi ou même au Taj-Mahal. En cette période de fête de fin d’année, ce serait parfait.

Seth:
Je suis vraiment navré mais nous ne faisons que des répliques en résine ou aluminium. Et nos modèles ciblent les magasins de souvenirs.

Claire:
Ne prenez-vous pas de commandes spéciales?

Seth:
Non, malheureusement.

S081950

Claire:
Pourriez-vous me recommander un atelier avec lequel je pourrai m’entendre?

(Seth, visiblement pressé de terminer cette conversation et de retourner à des affaires plus fructueuses, transfère poliment Claire au département production.)

Le narrateur:
John, directeur de la production, est l’interlocuteur suivant de Claire. Il a la voix douce et sincère. John l’informe que “Beauty of this Word” a eu le projet de créer une ligne de luxe proche des créations de joaillerie. Le secteur marketing a donc fait appel à une créatrice avec laquelle il a passé un contrat temporaire. Elle a fait le design du Taj-Mahal, choisi les techniques de fabrication et le métal. Puis John est allé en Inde à la recherche d’un atelier pour prendre la responsabilité de la conception. Toutefois, le projet a été rejeté car les coûts de production étaient trop élevés et le contrôle qualité trop exigeant. Claire demande à John s’il peut lui donner les coordonnées de l’atelier.

John:
C’est un petit centre de production artisanal perdu au fin fond du Rajasthan près d’Udaipur. Je crains que vous ne puissiez vous y rendre aisément. De plus, le directeur du centre ne parle que le dialecte de la région et le Bengali. Nous avons pu communiquer car le Bengali est ma langue maternelle.

Claire:
Dommage! Serait-il possible de voir l’objet pour me donner une idée?

John:
Je crains fort que non. Le management s’est chargé des dernières tractations. Un jour, j’ai reçu un message qui stipulait que la direction avait décidé de fermer le dossier “Beauty of this World Joaillerie” au motif que le projet ne correspondait pas aux besoins de notre clientèle et demandait une redéfinition trop radicale de nos objectifs. En termes plus simples le projet était trop coûteux.

Claire:
Et l’objet? En avez-vous toujours la possession?

John:
Je ne sais pas. L’atelier l’a peut-être gardé? Peut-être l’objet a-t-il été revendu à un touriste? ou encore restitué à sa créatrice en dédommagement de sa peine.

men_charts

(évidemment Claire n’insiste pas. Elle remercie John de sa gentillesse et raccroche.)
Claire: (à elle seule)
“Beauty of this World” aura gardé l’objet pour le revendre en tant que pièce unique. Phil est probablement le fameux touriste qui a acheté le Taj-Mahal! Voilà de quoi intéresser Sylvie!

Scène 2:
(Claire rapporte à Sylvie sa trouvaille de l’estampille, et sa discussion avec “Beauty of this World)

Claire:
Tu vois, Phil aura certainement fait un peu de tourisme et pendant sa visite il aura acheté le Taj-Mahal miniature! Et voilà! Affaire classée.

Sylvie:
Bla-bla-bla…Tu parles d’un argument! C’est louche quand même cette histoire.

Claire:
Oh! Pas tant que ça. Je te rappelle aussi que la curiosité de Phil pour l’exotisme pourrait bien le motiver à faire quelques petites visites.

Sylvie:
Je te rappelle encore une fois, que Phil n’est pas allé faire du tourisme, mais qu’il était très occupé à superviser les travaux de rénovation du palais de son riche client! Pourquoi serait-il allé rendre visite aux artisans miniaturistes? C’est un palais grandeur nature qu’il restaure, pas une maison de poupée.

Claire:
Ce n’est pas si bizarre que ça! Aller voir les ateliers d’artisans, c’est une activité touristique sans grande originalité. Voilà! affaire classée.

Sylvie:
Vraiment affaire classée? Comment peux-tu être certaine que Phil a acheté cette miniature en visitant des ateliers de miniaturistes? Même John ne sait pas ce qu’il est advenu du Taj. La compagnie l’a peut-être redonné à sa conceptrice qui l’aurait offert à Phil.

Claire:
Tu as raison. Ne fermons pas le dossier.

Sylvie:
Il doit bien y avoir un indice qui devrait faire parler cette petite merveille.

Je me remis enfin au travail afin de terminer mes planches. J’avais rendez-vous le lendemain avec Grégoire pour les passer en revue une dernière fois avant de les envoyer à l’imprimerie. Mon travail achevé je me plongeai dans le “Journal des Abonnés du musée des Arts Décoratifs.” Le musée préparait une exposition sur “les impressionnistes et l’eau.” L’article présentait non seulement des toiles qui seraient exposées mais aussi une collection de barques. Il y aurait bien sûr le fameux tableau de Caillebotte où on le voit manœuvrer son bateau baptisé “Roastbeef” qui se repose maintenant dans un hangar. Les créations navales de l’ingénieur Caillebotte me firent penser à Chuck, et de fil en aiguille me vint une idée. Je venais de trouver le chaînon manquant pour faire participer le club de Chuck à la régate. Je téléphonai à mon amie Pénélope, assistante du conservateur pour l’inviter à déjeuner, j’avais un petit troc à lui proposer.

En raccrochant le téléphone mon regard croisa un bouquet de camélias. Il était aussi charmant que celui d’une communiante. Pourtant, une jeune courtisane les eut pour messagers. Rouges ou blancs, il suffisait de lire à sa boutonnière une révocation ou une autorisation. Déclaration laconique mais efficace! Ceux-ci étaient blancs, je me sentis menacée. Phil, les avait ramenés hier de l’agence! Alors me revint la citation du premier message: “celle que vous avez aimée ne se comptera plus et celle que vous aimerez ne se compte pas encore”. Je me souvins. C’était une citation de “la Dame aux Camélias”. Je parcourus le roman et finis par trouver la phrase. Fallait-il penser que celle qu’il avait aimé, moi en l’occurence, ne se comptait plus et que celle qu’il devait aimer se comptait déjà? L’état d’urgence était déclaré.

C864C6D4-73FF-4BC1-9299-ABFF942D726D.jpeg

Edouard Viénot, Maris Duplessis

…À suivre

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s